Le tournesol.

Lever les yeux


27 instants ordinaires et ce qu'ils murmurent

à quiconque ralentit assez pour

regarder.

Le tournesol.

Il refuse de se faner avant l'heure, tandis que tous les autres semblent avoir déjà baissé la tête, vaincus par le poids du temps, de la fatigue ou des épreuves.

Quand je l'ai photographié près de Bordeaux, il m'a rappelé que la confiance n'est pas toujours bruyante.

Parfois, c'est simplement garder la tête haute quand tout autour de soi vous pousse à la baisser.



Un héros.

J’ai pris cette photographie dans ma chambre d’hôtel, à Dinard.

À l’arrière-plan, Superman, celui qui sauve, protège et rassure. Au premier plan, mon verre de vin et quelques roses fanées.

Un rappel qu’il n’est qu’une illusion, un fantasme. Car il restera toujours en arrière-plan, flou, peu important finalement.

La réalité, elle, est devant, plus fragile, plus imparfaite, et aussi plus vraie.

Ce moment m’a rappeler que ma quête n’a jamais été de trouver un héros, mais peut-être d’en devenir un dans ma propre histoire.

Choisir.

J'ai pris cette photographie en Hollande.

Elle montre deux portes : une bleue, une rouge. J'étais assise sur un canapé et je les ai regardées longtemps.

La porte rouge est enivrante, séduisante, dangereuse. Elle est déjà légèrement entrouverte, comme si elle était plus facile d'accès. Elle me tente, m'attire vers elle.

La porte bleue, quant à elle, est fermée. Elle me laisse le choix. Elle ne m'impose rien. Elle évoque la sagesse, la douceur, la sécurité. Mais elle va me demander plus d’efforts pour l’ouvrir.

Et c'est ce qui rend le choix si difficile…

La robe de mariée.

Elle était suspendue exactement comme ça. Au début, je la trouvais belle, délicate. Mais soudain, elle m'a paru d'une tristesse et d'une solitude insupportables.

Je pouvais voir qu'elle essayait de se fondre dans le décor. Seulement, elle ne faisait que le meubler.

Elle est devenue un objet silencieux. Et pourtant, elle sera admirée et félicitée pour avoir réussi.

Toutes n'ont pas ce destin. Mais ici cela semble être le sien, ou même son choix.

Quoi qu'il en soit, ne la jugeons pas.

L'armure.

J'ai pris cette photo dans un musée à Amsterdam, où des personnes ont donné leur corps à la science.

Cette femme a l'air de sortir de la peau des attentes, là, debout, à vif et exposée, éveillée, presque ressuscitée.

Je l'ai regardée pendant longtemps.

Elle m'a rappelé que grandir, c'est peut-être simplement apprendre à se débarrasser de l'armure qui nous a autrefois protégés.

Changement de perspective.

Il n’est pas toujours facile de prendre du recul, de mettre un peu de distance, de regarder le monde avec de la hauteur.

Et pourtant, même ce chien a essayé.

Alors pourquoi pas nous ?

Le temps.

J’ai pris cette photo au musée d’Orsay.

L’horloge continue de tourner. Le temps continue de passer. Mais elle refuse de la regarder. Elle refuse de s’y confronter.

Puis j’ai remarqué l’enfant, en bas à droite, qui la regarde avec un regard si doux, presque rassurant. Comme s’il lui demandait innocemment :

« Mais de quoi as-tu si peur ? »

Se reconnecter.

J’ai pris cette photographie sur une plage en Thaïlande.

Une seule lumière suspendue, deux corps qui se rapprochent.

Elle me rappelle que même dans l’obscurité, il existe toujours un espace pour danser et se reconnecter.



Les cerisiers en fleurs.

Pourquoi sont-ils si beaux, si spectaculaires, et pourtant présents seulement quelques jours par an ?

Peut-être pour nous rappeler que rien ne devrait jamais être tenu pour acquis. Chaque année, ils nous manquent. Alors, ils reviennent. Nous levons les yeux. Nous ralentissons. Nous leur accordons l’attention qu’ils méritent.

Mais ils ne restent pas plus longtemps, parce qu’ils savent qu’avec le temps, nous les oublierons.

Si un jour nous retenons cette leçon, peut-être n’auront-ils plus besoin de repartir si vite.

Un zoo inversé.

J’ai pris cette photo à Gibraltar.

Les humains en cage, enfermés derrière ces vitres, téléphone en main.

Puis face à eux, ce singe, libre, assis tranquillement, qui les observe.

Cela me rappelle, malheureusement, que nous sommes devenus les animaux de notre propre zoo.

La désillusion.

Lorsque l'humanité essaie, du mieux qu'elle peut, de se fondre dans le décor… mais que la nature n'est pas dupe.

Il est bon de se rappeler le chemin qu'il nous reste à parcourir avant que l'on puisse vraiment appartenir, de nouveau, à ce magnifique paysage.





Héritage.

On laisse toujours quelque chose derrière soi.

Parfois une idée.
Parfois une œuvre.
Parfois un souvenir.

Mais le plus souvent … simplement du plastique.

Nos gestes deviennent des habitudes. Nos habitudes deviennent des héritages.





Les croyances.

Ce que j’aime dans cette photographie, c’est la façon dont elle déstabilise complètement le regard.

Au début, on pense simplement regarder un paysage. Puis on remarque qu’une partie est en réalité un reflet. Mais plus on observe, plus cela devient difficile de savoir ce qui est réel et ce qui appartient au miroir.

Tout se confond, comme si le reflet était devenu tout aussi vrai que la réalité elle-même.

Et n’est-ce pas souvent ce qui nous arrive ? Confondre ce que nous voyons et ce que nous croyons seulement voir.

La cigogne.

J’ai levé les yeux, et la voilà, portant un enfant.

Cette photographie m’a rappelé toutes les histoires que les adultes racontent aux enfants.

Peut-être que l’enfance est exactement cela : le seul endroit fragile où le monde est encore assez doux pour être expliqué par des oiseaux, des miracles et des mensonges racontés avec amour.


Les distractions.

Parfois, certains cherchent à capter notre regard, presque avec insistance. Alors que ce qui se trouve devant nous, est souvent bien plus subtil et inspirant.

Cette photo me rappelle qu’il y a des distractions qui font du bruit, et d'autres qui ne font que murmurer.

Nous devrions prêter plus d'attention à celles qui existent simplement, sans rien forcer, plutôt qu'à celles qui supplient d'être regardées.



Prendre la parole.

Cela ne signifie pas forcément chercher le conflit. Parfois, c'est simplement refuser de s'effacer pour préserver la paix.

La maturité ne consiste pas toujours à se taire.

C'est savoir quand prendre la parole, sans perdre sa clarté, tout en gardant un oeil lucide sur soi-même, sur l'autre et sur ce qu'il reste à construire.

Le courage.

J'ai pris cette photo au « Temple Blanc », à Chiang Rai, Thaïlande.

Brillant, lumineux… et pourtant, avant de pouvoir atteindre sa beauté, il faut traverser les portes de l'enfer. Des mains squelettiques surgissent du sol, comme si elles tentaient de vous entraîner sous terre.

Peut-être devons-nous, tous, un jour, se tenir prêt à traverser les ténèbres.

Mais les traverser ne veut pas dire s’y attarder.

Car de l'autre côté, il y a souvent quelque chose de plus précieux, qui attend d'être découvert.


La beauté.

Elle ne se trouve pas seulement dans ce que l’on regarde.

Mais parfois, elle se trouve dans la manière dont les choses se reflètent.

Un même horizon.

J’ai pris cette photographie depuis un bateau-mouche sur la Seine.

Elle me rappelle ces deux grandes nations, si différentes par leur histoire, leur identité.

Et pourtant, ici elles semblent regarder dans la même direction, côte à côte, sans que l’une prenne plus de place que l’autre.

Comme pour nous rappeler que les peuples peuvent encore regarder vers un même horizon, même lorsque ceux qui les gouvernent essaient de les en détourner.

Le perfectionnisme.

Trop soucieux de poser chaque pied exactement comme il doit être, de ne jamais faire un faux pas, nous restons coincés sur une marche imparfaite au lieu de continuer à monter.

Le sommet ne nous demande pas d’y parvenir avec grâce, seulement d’y parvenir.

Le jugement.

« J’ai l’impression que quelqu’un m’observe.”

Et c’est souvent vrai.

On passe une grande partie de sa vie à regarder les autres… et l’autre moitié à avoir peur d’être regardé.

Mon chemin.

Sous mes pieds, une figure orange peinte sur le sol semblait indiquer le chemin, comme si mon itinéraire avait déjà été tracé.

Mais cette photo m’a rappelé que nous ne sommes pas toujours obligés de suivre ces signes à la lettre. Parfois, il suffit simplement d’avancer, sans chercher à mettre ses pieds dans ceux que quelqu’un d’autre à dessiner.

Alors j’ai finalement accepté de laisser ces pas être seulement une ombre, tandis que je choisis ma propre route.



Zone de confort.

Parfois, nous suivons les autres jusqu’à des endroits qui ne nous conviennent pas, pour rester dans notre zone de confort.

Parce que cela rassure d'être ensemble.

Mais être entouré ne signifie pas toujours être là où l’on doit vraiment être.



Sauter.

Lâcher prise ne veut pas dire abandonner.

C’est choisir d’arrêter de lutter contre ce qui est déjà en train d’arriver.

Et faire confiance au mouvement à la place.

Ne pas sauter.

Cette photo a été prise en Norvège. Je me tiens sur ce qu'on appelle la "Langue du Troll".

Parfois, on peut se trouver au bord du vide, se sentir perdu, impuissant. Penser que sauter ferait taire sa douleur.

Mais sauter signifierait aussi dire adieu au paysage. À l'horizon. À tout ce qui n'est pas encore venu à vous.

Et ce serait dommage de confondre la fin d'une tempête avec la fin du chemin.

S'ôter d'un poids.

Quelque part en Laponie, face à un lac gelé, ces toilettes me rappellent quelque chose de brutalement simple :

Peu importe à quel point la vie devient poétique, nous transportons toujours de la merde.

Et parfois, la meilleure façon de se sentir plus léger n’est pas de trop réfléchir au paysage, mais de s’asseoir, de lâcher prise et de profiter du décor.

Respirer. S'ôter d'un poids. Tirer la chasse. Puis passer à autre chose.

Lever les yeux.

J’ai pris cette photographie à Paris, depuis mon appartement.

Le ciel est simplement apparu ainsi, comme si les nuages s’étaient soudainement ouverts au-dessus de la ville et étaient devenus un passage.

Elle me rappelle que la réalité n’a pas toujours besoin d’être transformée pour devenir extraordinaire.

Parfois, l’inattendu apparaît de lui-même, pour quelques secondes seulement, et tout ce qu’il nous demande, c’est de lever les yeux.

Je n'existe que dans la mesure où j'existe pour autrui, à la limite : être, c'est aimer.

Emmanuel Mounier, Philosophe (1905-1950)

Cette mélodie au piano, composée par un ami, m'a rappelé que l'amour se cache parfois simplement dans un regard, une présence, un geste ou un silence partagé. Elle m'a donné envie de rassembler tous ces instants où deux êtres vivants se rencontrent.

En revoyant ces images, j'ai réalisé que nos plus beaux moments existent souvent lorsqu'ils sont partagés.

Loading...